Pour une phénoménologie des rêves

Stefan Kaempfer

Pour une phénoménologie des rêves

Études préliminaires à un projet de recherche
(Université de Paris-8 / 2007 / Jacques Poulain)

 


« Le Rêve est une seconde vie. »
Gérard de Nerval, Aurélia (1855)


 

I


Le « pseudo-éveil » du rêve survient périodiquement au cours du sommeil, dont les conditions idéales – obscurité, silence, immobilité, température constante, satiété – coïncident avec la désafférentation progressive des différentes voies sensorielles et motrices primaires, induisant l’expression en circuit quasi fermé de réseaux neuronaux que l’on pourrait appeler « alternatifs » ou « secondaires ».
Dans les années 1950, on a découvert et décrit une phase spéciale de sommeil, qu’un certain nombre de chercheurs identifient comme le « substrat » neurophysiologique du rêve (« REM-sleep », Aserinsky & Kleitman 1953 ; « Descending Stage One », Kleitman & Dement 1957 ; « Sommeil Paradoxal », Jouvet 1959). Après une première période assez longue (autour de 80 à 90 mn chez l’homme) où se succèdent quatre stades de « sommeil orthodoxe » (SO), - endormissement (I), sommeil léger (II) et profond (III, IV), puis un bref retour aux stades III ou II, parfois un micro-éveil, - l’activité cérébrale devient intense pendant une dizaine de minutes en moyenne, avec une activation phasique du réseau ponto-genouillé-occipital (« pointes » PGO), couplée avec un mouvement oculaire rapide (rapid eye movement, REM), alors que le tonus postural a disparu et que les seuils de perception ambiante et organique sont particulièrement élevés. De plus, on constate les signes de l’excitation sexuelle, la dérégulation de la température centrale, l’irrégularité du pouls et de la respiration, une grande consommation cérébrale de glucose et d’oxygène. Lors de cette phase de sommeil paradoxal (SP), l’électroencéphalogramme (EEG) fait apparaître des ondes rapides, désynchronisées, à faible amplitude, proches de celles qui signent l’état d’éveil.
D’autre part, la neuroimagerie du cerveau humain par tomographie à émission de positrons (TEP), qui trace le flux sanguin dans les différentes régions cérébrales, a montré des « activations significatives dans le tegmentum pontique, les nuclei thalamiques, les aires limbiques (complexes amygdaloïdes, formation hippocampique, cortex cingulaire antérieur) et cortices postérieurs (aires temporo-occipitales). Par contraste, le cortex préfrontal, le cortex pariétal dorso-latéral, ainsi que le cortex cingulaire postérieur et le précuneus étaient les régions cérébrales les moins actives » (Maquet 2005). En comparaison, au cours de l’éveil calme les yeux fermés (« état de repos », caractérisé par les ondes α sur l’EEG), « les aires les plus actives sont localisées dans les cortices préfrontal, cingulaire antérieur, pariétal et le précuneus » (Maquet 2000). D’autres études confirment que « les aires les plus actives à l’état de repos se situent dans les cortices cingulaire postérieur / précuneus, pariétal inférieur, préfrontal dorso- et ventro-latéral, et dans les aires frontales médianes » (selon Shulman et al.1997 cités par Maquet 2000). A cette carte neuro-anatomique quelque peu généraliste, s’ajoute la connaissance, encore imparfaite, des neuromodulateurs actifs pendant l’éveil et silencieux lors du SP, à savoir les réseaux modulés par les monoamines sérotonine et noradrénaline, alors que les réseaux cholinergiques et peut-être dopaminergiques (selon Dahan et al. 2007) déchargent au cours du SP mais aussi à l’état d’éveil. D’autres modulations neurochimiques devraient également intervenir, dont certaines restent sans doute encore à découvrir ou à reconsidérer.
Il faut observer que les nombreux résultats expérimentaux, dont on dispose aujourd’hui (2009), n’ont de sens que s’ils peuvent être comparés aux données phénoménologiques. En résumant beaucoup, on s’accorde sur un certain nombre de signes distinctifs du rêve, à savoir son caractère (a) « hallucinatoire » (notamment sur les modes visuel et moteur), (b) « instable » (discontinu, avec des transformations intempestives), (c) « bizarre », (d) « trompeur » (créant l’illusion de l’éveil), (e) « désorientant » (fusionnant personnes, époques, lieux), (f) « dramatisé » (donnant lieu à une intrigue, une narration), (g) « émotionnel » (avec la prévalence des affects de peur et d’anxiété), (h) « instinctuel » (avec des automatismes comme le vol et la fuite) ; on admet également que la « conscience de soi », la « volonté » et l’ «attention » du rêveur sont affaiblis par rapport à l’état vigile (in Hobson et al. 2000).

II

 

Pierre Maquet et Sophie Schwartz (2002) ont suggéré une comparaison directe entre les résultats d’imagerie cérébrale recueillis au cours du SP et les « constantes » (stable features) phénoménologiques établies par analyse statistique de récits de rêves. Ainsi, l’aspect visuel quasi omniprésent dans les rêves s’accorderait bien avec l’activation des aires visuelles associatives lors du SP. Les expériences de peur et d’anxiété iraient de pair avec l’activation du système limbique et notamment de l’amygdale, qui « cristallise des réponses à des stimuli menaçants ou des situations stressantes ; elle est donc dans une position idéale pour organiser le traitement émotionnel et pourrait favoriser l’expérience anxieuse dans les rêves. » Dans ce bref article, les auteurs passent ensuite à une analyse succincte de la « bizarrerie » du rêve sur la base d’une « neuropsychologie cognitive ». Leur analyse est fondée sur la proposition que « les rêves ont une structure interne qui reflète le déroulement de traitements (processing) cognitifs ». Après avoir donné quelques exemples de bizarrerie de rêves « normaux », mis en relation avec une activation accrue ou réduite d’aires cérébrales (au cours du SP comparé à l’éveil) et certains syndromes clinico-anatomiques, – comme la fausse reconnaissance (misidentification) de lieux ou de visages (syndrome de Frégoli associé à des « lésions frontales et temporales »), la « distorsion visuelle » ou « la perte de couleurs » (achromatopsie) -, les auteurs suggèrent que « l’activation dans la voie visuelle ventrale (visual ventral stream) varie localement pendant le déroulement du rêve et du sommeil paradoxal (REM sleep). Cela pourrait en partie expliquer pourquoi l’activation d’aires temporo-occipitales n’est pas systématiquement rapportée par la neuroimagerie fonctionnelle. » Les auteurs concluent que « peut-être tous les cortices sensoriels sont activés de façon hétérogène durant différents épisodes de sommeil paradoxal » (Schwartz & Maquet 2002).

Cet article fort intéressant suscite un certain nombre d’interrogations, dont voici un rapide survol
  1. Le rapport de rêve (RR) n’est pas le rêve. Une phénoménologie du rêve sur la base de récits vigiles doit admettre, en tout cas théoriquement, une différence (peut-être importante) entre le RR et les processus qu’il traduit. Ainsi, le réveil pourrait avoir une incidence non négligeable sur ce qui nous apparaît comme un « souvenir de rêve » à l’état vigile. Selon une hypothèse radicale défendue par Jean-Pol Tassin, « c’est le réveil qui crée le rêve », car « au cours du sommeil, le système nerveux central fonctionne en mode analogique rapide de telle façon que nous n’avons pas conscience des traitements que réalise notre cerveau. Au cours des périodes de micro-éveil, mais aussi à l’occasion d’un éveil qui peut durer plus longtemps, la réactivation brutale des neurones modulateurs entraîne un ralentissement du message qui était en cours de traitement, ce qui donne naissance à des images et des sensations conscientes » (Tassin 2001). D’après ce chercheur, qui reformule en termes neurobiologiques une hypothèse ancienne, le « rêve » serait en fait une construction vigile. Nous adopterons ici une hypothèse de travail plus modérée selon laquelle le RR est une traduction du rêve en termes vigiles.
  2.   Le SP constitue sans doute un terrain favorable pour la génération du rêve, mais il semble qu’il ne soit pas nécessaire au rêve : en laboratoire de sommeil, le réveil de participants au cours des différentes phases de sommeil orthodoxe (SO) a également donné lieu à des RR (Foulkes 1962 et successeurs). Certains chercheurs, comme Mark Solms, affirment en outre que le SP n’est pas suffisant au rêve (« Dreaming and REM sleep are controlled by different brain mechanisms », Solms 2000). Il faut également rappeler que l’oubli des rêves au réveil est un phénomène fréquent, et c’est particulièrement vrai pour les épisodes de somnambulisme et de « terreur nocturne », qui surviennent exclusivement au cours du SO profond (phases III et IV où l’EEG fait apparaître des ondes lentes Δ, synchronisées et de grande amplitude), suivis tous deux d’une amnésie quasi systématique. Or les terreurs nocturnes, qui conduisent presque toujours au réveil, s’accompagnent certainement d’une « imagerie » pour le moins « impressionnante ». Et la relative assurance dans le déplacement dont témoigne le somnambule, qui retrouve bien souvent le chemin de son lit afin d’y continuer à dormir, suppose l’activité d’un « système d’orientation » plutôt sophistiqué, notamment dans l’obscurité, difficile à concevoir sans une forme préalable et probablement complexe de « représentation » de l’ambiance. Malheureusement, même s’il est réveillé au cours d’un épisode, le somnambule ne peut pas dire ce qui s’est passé en lui. Dès lors, il serait imprudent de considérer le SP comme condition nécessaire du rêve. Il semble cependant que l’activité cérébrale intense, qui caractérise cette phase spéciale de sommeil, corresponde à certains processus – interprétés comme « traitements cognitifs » par Schwartz et Maquet – qui ne sont pas repérables dans les stades de SO. Toutefois, les « hallucinations hypnagogiques » (Maury 1866) au moment de l’endormissement (I) et la spécificité du sommeil léger (II) ainsi que les terreurs nocturnes et les épisodes de somnambulisme (III, IV) montrent que le SO n’est pas synonyme d’inactivité cérébrale. Avec la technique d’Imagerie à Résonance Magnétique fonctionnelle (IRMf), Pierre Maquet et ses collègues ont détecté au cours du SO profond, lors de la phase ascendante (up-phase) des oscillations lentes (cortices médial préfrontal et auditif, l’hippocampe, le tegmentum ponto-mésencéphalique et le cervelet. Ces résultats constituent le premier rapport d’accroissements sélectifs de réponses hémodynamiques au cours du SO profond (deep non-REM sleep). Ils montrent que ce stade particulier de sommeil ne peut définitivement pas être considéré comme un état de quiescence cérébrale » (Maquet, Neural Correlates of Human Deep Non-REM Sleep, communication de l’Université de Liège, sans date). Il faut cependant considérer ces données avec prudence car ils contredisent certains résultats antérieurs (Maquet 1997, 2000). Dès lors, le problème majeur est de savoir si la différence constatée entre de ces deux activités (SO vs. SP) est d’ordre qualitatif avec pour résultat deux formes hétérogènes de « rêve » ou si elle peut s’exprimer en termes quantitatifs, en degrés d’intensité du rêve. Dans ce dernier cas, passé un certain seuil d’activation cérébrale couplée à une réduction drastique des impressions sensorielles et des réponses motrices, le résultat serait toujours un rêve
  3.  Il est important de noter que les données de neuroimagerie citées font apparaître une activation hétérogène de certaines régions cérébrales concernées par le SP, ce qui tend à montrer l’existence de « particularités » à un niveau « neuro-dynamique » et peut-être également neuro-anatomique. Sans doute faudra-t-il enregistrer en 3D et analyser un grand nombre de séquences complètes de SP - accompagnés des rapports de rêve correspondants, recueillis dans la foulée - pour obtenir à la fois quelques constantes empiriques et un aperçu des « particularités » possibles avec leurs réseaux dynamiques spécifiques (sélectifs). Il serait par exemple intéressant de savoir si les rêves dits « lucides » (Hervey de Saint-Denis 1867) - où le rêveur prend conscience de rêver - font apparaître (ou non) une distribution particulière des activités cérébrales – par exemple au niveau du cortex préfrontal, ordinairement très peu actif en SP - , et si elle correspond (ou non) à une activation comparable lors de certaines « prises de conscience » vigiles. Les « cauchemars » – qui, contrairement aux terreurs nocturnes, surviennent toujours en SP – devraient également faire apparaître une différence d’intensité, - peut-être dans un réseau impliquant l’amygdale. Et les rêves « érotiques » – profondément jouissifs, qui peuvent donner lieu à des sécrétion génitales – devraient activer un réseau dopaminergique dont la neuroimagerie pourrait tracer la carte. Un rêve plutôt exceptionnel et mystérieux a trait à l’envol : Hobson et al. (ci-dessus) le rapportent à l’« instinct ». Il serait, ici aussi, intéressant de voir quels régions neuro-anatomiques – par exemple le cervelet et le système vestibulaire - sont impliquées dans la génération d’un tel rêve, que l’on verrait plutôt naître dans le cerveau d’un oiseau que chez l’homme. Sans doute ce genre de rêves « typiques » feront-il toujours apparaître une distribution et une intensité particulières des activités cérébrales, différents d’un « rêve ordinaire ». Or le point soulevé par Schwartz et Maquet concerne également les « singularités » : si les rêves comportant un élément – une situation - typique semblent en effet fréquents, d’autres font également apparaître certains éléments « uniques » dont il semble difficile de dresser l’inventaire, même en supposant de nouveaux progrès spectaculaires dans les techniques d’imagerie cérébrale. Il faudrait en effet pouvoir comparer point par point telle ou telle « singularité » repérée sur l’écran avec le vécu effectif du rêveur.
  4.  Il n’est pas inutile de rappeler que la description phénoménologique est le point faible des neurosciences contemporaines, car il s’agirait d’élaborer des catégories descriptives en partant de l’analyse des phénomènes, et non l’inverse (i. e. analyser les phénomènes à travers le prisme de catégories préétablies). Des concepts comme la « bizarrerie » du rêve sont ancrés dans l’aperception vigile – a posterori - d’un état sans doute très différent que l’on devrait d’abord tenter de considérer en lui-même. Or les phénomènes répertoriés sous cette catégorie de bizarrerie ne sont aucunement vécus comme tels en rêve. S’ils le sont, on sait qu’ils donnent fréquemment naissance à des rêves lucides ou induisent le réveil. En règle générale toutefois, l’organisme ignore l’état particulier dans lequel il se trouve : il voit des images les yeux fermés ; il exécute toutes sortes de gestes et de déplacements dans une position d’immobilité relative ou totale. Ainsi, le pseudo-éveil du rêveur est lié à l’émergence d’un monde virtuel, qui constitue l’horizon phénoménologique du rêve, le cadre d’une série d’événements et de situations, impliquant des objets et des êtres vivants, des personnages, que le rêveur observe, auxquels il réagit, bien souvent en proie à des affects plus ou moins intenses, avec lesquels il communique, agit ou entre en conflit. Or, ce monde du rêve, éminemment figuratif, ne doit pas être considéré comme une réplique du monde ambiant tel qu’il peut apparaître à l’état d’éveil, même s’il est toujours possible de repérer dans les rêves des éléments effectivement perçus. Mais, habituellement, le rêveur n’a pas conscience des « coordonnées temporelles » de ces éléments vigiles ou mnésiques car le rêve se déroule en majeure partie au temps présent, bien souvent dans un état d’urgence ou d’alerte. On a également invoqué, avec l’instabilité des personnages et des lieux, la discontinuité du rêve organisé en séquences, souvent juxtaposés intempestivement, sans « logique » apparente. Il s’agit, ici encore, d’une interprétation vigile. Non qu’il faille postuler une « cohérence » du rêve, mais son « incohérence » n’est que très peu remarquée ou vécue comme telle par le rêveur, et l’on doit se demander si les notions de cohérence et de continuité ne sont pas des catégories vigiles, en ce sens que leurs négations – incohérence, discontinuité – sont impropres à décrire les phénomènes – « positifs » - correspondants. Il en va de même pour l’instabilité des lieux et des personnages, qui ont ceci en commun qu’ils peuvent être désignés par un « nom propre ». Il se pourrait alors que l’acte de nomination introduise la distorsion et non la figure aperçue en rêve. Ceci nous amène à considérer le rêve comme un processus dynamique(« extatique ») de transfiguration, où les figurations et les figures sont souvent en mouvement et en « métamorphose », difficiles à saisir et à « identifier » dans une approche statique. De longs développements seront ici nécessaires pour tenter de cerner cet aspect, parmi les plus énigmatiques du rêve.

 

 III

 


Le pseudo-éveil du rêveur face à l’émergence d’un monde virtuel, comme horizon phénoménologique du rêve, se caractérise bien souvent par un exercice d’orientation et de réflexion, destiné à affronter le monde « déroutant » du rêve. Or il est étonnant que ces deux processus – d’un côté la génération d’un monde virtuel avec des événements, situations et personnages, de l’autre le « parcours » d’un acteur-observateur dont la « pensée » fait apparaître un souci d’orientation réflexive – se déroulent l’un « à l’insu de » l’autre, si l’on excepte bien sûr certains rêves lucides (RL) où le rêveur, conscient de la « virtualité» du rêve, peut exercer une forme de contrôle volontaire sur les situations et ses propres actes. Le RL contrôlé (RLC) figure un exemple extrême des échanges qui peuvent exister entre ces deux processus a priori distincts, de sorte que l’on doit supposer une relation - habituellement inconsciente - d’influence mutuelle, voire de rétroactivité, entre la figuration des événements, situations, personnages et les « réactions » de l’acteur-observateur du rêve. Or, au cours du RLC, la tendance s’inverse : le rêveur n’est plus « réactif » mais « créatif », et il peut exercer une influence plus ou moins importante sur le déroulement du rêve, même si ce dernier finit bien souvent par reprendre les rênes : ou bien le rêveur finit par perdre le contrôle lucide sur le rêve, ou bien il rêve qu’il se réveille tout en continuant à rêver et dormir. Et si cela ne suffit pas, le dormeur va se réveiller pour de bon.
Dans cet ordre d’idées, on pourrait supposer une « double articulation » - un « double jeu » - du rêve, d’une part comme processus de figuration et de transfiguration, de l’autre comme « parcours » d’un acteur-observateur de premier plan – le rêveur - qui ignore habituellement qu’une autre partie de lui-même est engagée dans la production du rêve. Contre toute attente, on pourrait également penser que la « double articulation » - certes revisitée – du langage devrait en principe favoriser la traduction verbale de cette « bipolarité » du rêve. En effet, nous avons d’un côté les affinités phonologiques et morphologiques des mots et de l’autre leur polysémie. On peut alors montrer – en reprenant la distinction faite par Freud (in DieTraumdeutung1900) - que le récit de rêve (RR) possède un « contenu manifeste », qui s’exprime habituellement par le biais de la signification courante des mots, et un « contenu latent », accessible à travers l’analyse des affinités morphologiques (ou phonologiques) et des polysémies propres à certains signifiants remarquables utilisés dans le RR. On peut ainsi établir une série de « correspondances » morpho-sémantiques pour tenter de repérer un « sens propre » du rêve qui, par définition, échappe au « sens commun ». Il va sans dire que les « noms propres » sont dans ce contexte des signifiants particulièrement intéressants. En prise directe avec les figurations du rêve, ils nomment surtout des lieux et des personnes, tout laissant bien souvent subsister un doute quant à la pertinence de leur emploi en regard de l’instabilité des « identités » ainsi postulées (ci-dessus). De même, les bribes de discours entendus, ou encore les inscriptions et les nombres aperçus en rêve, méritent toute notre attention si l’on veut bien admettre que ces productions langagières sont directement issues du rêve et ne nécessitent par conséquent aucune traduction vigile supplémentaire. Ces éléments tendent à « réhabiliter » le RR pour l’étude phénoménologique, même si la différence postulée entre le rêve et sa traduction vigile doit rester un axiome de base.
A ce point, il faut donner quelques indications sur la méthode d’investigation choisie et ses finalités. Même si elle est aujourd’hui décriée, l’introspection permet d’obtenir une connaissance intuitive des phénomènes étudiés qui, dans le cas du rêve, paraît indispensable. Il est bien évident qu’une telle approche « autophénoménologique » (comme diraient Daniel C. Dennett ou Thomas Metzinger) ne peut fournir aucune donnée « scientifique », vérifiable et testable par l’observation rigoureuse d’un phénomène dans le cadre d’un protocole expérimental reproductible. Or la phénoménologie du rêve n’est pas seulement liée à un « substrat matériel » - comme l’état particulier d’un cerveau dont les voies motrices et sensorielles primaires sont largement « court-circuités » - mais également à des formes particulières d’idéation et de schématisme qu’il est difficile de comprendre sur la seule base des RR comparés aux mesures expérimentales. Toutefois, l’introspection n’est qu’une première étape – voire le « degré zéro » - de la description phénoménologique du rêve, dont le volet essentiel concerne le repérage et l’analyse des relations entre les différents processus d’idéation, de schématisation, de figuration et de transfiguration dans une perspective dynamique - séquentielle– ainsi que l’établissement d’un nombre minimal de catégories descriptives dans le cadre d’un modèle phénoménologique du rêve qui ait une pertinence suffisante pour interpréter un nombre maximal de résultats expérimentaux et, si possible, une certaine valeur prédictive. D’un point de vue théorique, les premiers travaux descriptifs – « immanentistes » - d’Edmund Husserl (1900-1905) et les recherches de Sigmund Freud à la même époque comportent une série d’éléments importants pour composer un tel modèle. Dans ce contexte, il s’agit notamment d’établir une « logique » du rêve, qui ne soit pas implicitement basée sur l’inversion de la logique vigile avec des concepts « négatifs » comme la « bizarrerie », l’« incohérence », la « désorientation », l’« instabilité » ou la « discontinuité ».
Pour être complet, un tel modèle phénoménologique devrait pouvoir s’inscrire dans le cadre global des états de vigilance et inclure notamment l’état d’éveil qui, comme le sommeil, n’est pas homogène. En effet, les mesures EEG ont permis de distinguer deux états principaux, l’éveil « calme » (ci-dessus) – induit notamment par la fermeture des paupières et l’absence de « signaux alarmants », à quoi l’on peut ajouter la relative immobilité posturale et la régularité de la respiration – et l’éveil « actif » - caractérisé surtout par l’attention soutenue, la perception « alerte » de l’ambiance, l’exercice de la motricité volontaire – , des états qui se dissocient très tôt au cours de l’ontogenèse. Marie-Jo Challamel (in Le sommeil, le rêve et l’enfant, sans date) remarque certaines correspondances entre le sommeil et l’éveil. En effet, le nouveau-né traverse des phases d’éveil et de sommeil, tantôt calmes, tantôt agités, le sommeil agité (SA) – considéré comme le précurseur du SP (sans présenter d’atonie posturale) - étant la première phase à se différencier in utero où le fœtus passe pratiquement tout son temps à dormir. Après la naissance, le nouveau-né s’endort habituellement en SA précédé invariablement d’une phase d’éveil calme (EC), contrairement à l’enfant et à l’adulte qui traversent d’abord les quatre stades du SO, dont le « sommeil calme » (SC) néo-natal est le précurseur. Or si le nouveau-né s’endort – plus exceptionnellement - après une phase d’éveil agité (EA) – caractérisé surtout par des pleurs et certainement un vécu d’insatisfaction – il traversera d’abord une phase de SC, ce qui suggère un phénomène de compensation (EC → SA ; EA → SC). On constate ici une « double projection » des états de vigilance, qui se maintient – certes sous une forme quelque peu différente - à l’âge adulte, à savoir un état par certains aspects proche de l’éveil – le « sommeil agité » puis « paradoxal » - et un état par certains aspects proche du sommeil : l’éveil calme. Il faut également noter la distribution inégale des états de vigilance au cours de l’ontogenèse. Si l’on constate quelques micro-éveils in utero, le premier véritable réveil n’intervient qu’à la naissance : c’est un « éveil agité » puisque le bébé crie, ce qui est bon signe. Ensuite, le nouveau-né passe encore la grande majorité de son temps à dormir (jusqu’à 20 h par cycle circadien), dont plus de la moitié en SA (50 à 65%). Chez le jeune enfant, le temps de sommeil se réduit progressivement au profit des périodes d’éveil, où l’on remarque de moins en moins la distinction EC vs. EA. Et le SA se transforme en SP (avec atonie posturale) pour n’occuper plus que 20 à 25% du temps de sommeil de l’enfant grandissant et de l’adulte. Il faut ajouter que les périodes de SP s’allongent vers la fin d’une période (« nuit ») complète de sommeil au détriment des phases de SO profond (III et IV). Et il est également utile de rappeler qu’un cycle complet de sommeil (SO + SP) comprend un ou plusieurs micro-éveils, d’une durée de quelques secondes ou minutes, dont on ne garde habituellement aucun souvenir.
Remarquons dans ce contexte que, malgré son caractère d’hypothèse, l’équivalence postulée entre le SP et le rêve – où le premier serait le « substrat neurophysiologique» du second – aurait d’importantes implications phylogénétiques. En effet, le SP n’apparaît que chez les êtres vivants qui stabilisent leur température centrale, i. e. les « endothermes » ou « homéothermes » (mammifères, oiseaux). Si le SP génère le rêve, alors tous les homéothermes rêvent. Dans ce cas, il serait possible de chercher une « fonction biologique » du rêve dans la constitution particulière de ces êtres terrestres, si l’on excepte des mammifères marins comme le dauphin et la baleine chez qui les signes du SP n’ont pas encore été détectés. Citons quelques caractéristiques de ces animaux, qui concernent bien sûr aussi l’être humain : l’homéothermie permet aux organismes de s’adapter à des biosphères et des climats extrêmement variés et autorise donc une importante activité migratoire ; tous les mammifères et oiseaux s’occupent – plus ou moins longtemps - de leurs jeunes qui, selon le degré d’immaturité à la naissance, traversent donc une situation de dépendance parfois longue, et particulièrement élevée chez l’homme, contrairement à leurs précurseurs vertébrés : les « ectothermes » ou « poïkilothermes » comme les poissons, amphibiens, serpents, lézards, crocodiliens, - certains crocodiles femelles veillent cependant sur leurs œufs et, après l’éclosion, transportent les nouveaux-nés dans leur gueule jusqu’à l’eau ; bien souvent, on remarque également une forme d’organisation sociale, plus ou moins complexe, notamment chez les mammifères « supérieurs », où l’on constate par ailleurs un développement spectaculaire du néo-cortex, notamment chez les primates : il va sans dire que la « socialisation » - et les « règles » qui en procèdent – ont atteint une proportion gigantesque chez l’être humain avec – à la fois – le développement exponentiel du cortex préfrontal et la génération de « cultures » et de « civilisations » ; ajoutons enfin le développement du tract auditif chez les homéothermes qui constitue chez l’homme – avec l’architecture de la glotte – une condition essentielle pour la communication verbale.

IV

 

Après ce bref survol des problèmes, il faut évoquer une autre approche du rêve – basée sur l’interprétation et pratiquée depuis la plus haute Antiquité – qui consiste à isoler ce que l’on pourrait appeler le « noyau symbolique » du rêve. Cette méthode a conduit à la rédaction ou compilation d’innombrables « Clés des Songes » depuis l’invention de l’écriture jusqu’à l’ère d’Internet. Par l’absurde, ces Clés – et les « symboles » qui y sont soumis à l’interprétation - peuvent nous apprendre que le rêve est intimement lié à l’horizon culturel du rêveur. Ainsi, les « archétypes » postulés par C. G. Jung – et son hypothèse d’un « inconscient collectif » - n’auraient, si toutefois ils existent, qu’une valeur relative. Au besoin, les nombreux changements de paradigme intervenus au cours de l’histoire humaine sont là pour défier toute position universaliste en la matière. De plus, il semble évident que le rêve constitue un terrain favorable pour intégrer des symboles collectifs, comme il peut d’ailleurs intégrer – bien souvent après une période de latence - n’importe quel élément appartenant à la vie éveillée, y compris une vue théorique sur une possible « fonction » du rêve. Or, ce qui est plus surprenant et sans doute moins fréquent, c’est la création symbolique – et plus généralement l’invention - dont témoignent certains rêves, où l’on peut alors repérer une tendance à la « singularisation » plutôt que la répétition d’une symbolique préétablie, voire « prescrite » (voir ci-dessus).
Ceci nous amène à l’importante dimension anthropologique que l’on doit accorder au rêve. On peut oser la thèse que l’homme ne serait pas ce qu’il est s’il ne rêvait pas, car il n’aurait pas d’imagination ! Dans l’un de ses articles, Michel Jouvet a évoqué une peinture rupestre qui, montrant une scène de chasse et un homme en érection, serait la représentation d’un rêve. La plus ancienne épopée connue de l’humanité – le Gilgamesh– fait la part belle au rêve. De Babylone à Persépolis, de Thèbes à Cnossos, d’Athènes à Rome, de Jérusalem à Carthage, les civilisations de l’Antiquité méditerranéenne et moyen-orientale utilisaient le rêve comme le support d’oracles, de divinations, de prédictions, dont on peut trouver un compte-rendu très intéressant dans les Oneirocritica d’Artémidore de Daldis, mais aussi dans le cadre de pronostics médicaux et de thérapeutiques promulgués par l’école d’Hippocrate. On sait également qu’un grand nombre de cultures premières à travers le monde - des aborigènes d’Australie jusqu’aux natifs d’Amérique en passant par l’Afrique ou l’Asie – suivent ou ont suivi des pratiques et des rituels touchant au rêve, de sorte que l’on peut supposer que les hommes ont toujours écouté, d’une manière ou d’une autre, leurs « songes ».
Sans doute la contribution marquante de Freud s’inscrit-elle dans la continuité de cette approche pratique ou « pragmatique » du rêve. Avec un évident souci thérapeutique, ce médecin neurologue avait étudié l’hypnose au contact d’éminents spécialistes français comme Charcot et Liébault puis cherché à appliquer une forme de « cure hypnotique » aux symptômes hystériques en collaboration avec son collègue viennois Josef Breuer. Résumé dans l’étude de cas « Anna O. », le résultat surprenant était le relâchement - certes temporaire - de symptômes sévères - la paralysie d’un bras et l’incapacité de s’exprimer dans sa langue natale – au cours de séances d’hypnose, alors que la jeune femme racontait librement les circonstances entourant la mort de son père qu’elle avait soigné (Etudes sur l’hystérie, Breuer & Freud 1885). Si la suggestion hypnotique aura été abandonnée au profit de la méthode psychanalytique et l’interprétation des rêves, il est utile de remarquer une certaine affinité entre l’état d’hypnose et le rêve, comme le fait déjà Liébault (Le sommeil provoqué et les états analogues1866).
Mentionnons dans ce contexte les affinités souvent postulées entre le rêve et certains « troubles mentaux » - comme ceux qui sont répertoriés sous le nom de « schizophrénie » - ou encore l’effet de substances « hallucinogènes » comme le peyotl, la mescaline, la psilocybine ou l’ergot de seigle. Un tel rapprochement est certainement autorisé par les hallucinations qui accompagnent ces états de conscience dits « altérés ». Mais il convient également de noter une forme spéciale d’idéation – négativement caractérisée comme « délire » - qui influence fortement les « pensées » et les « interprétations » générées dans ces états et qui exerce sans doute un effet rétroactif sur la « forme » et le « contenu » des hallucinations. Ces états qui appartiennent à l’éveil - où le contrôle moteur est intact et où les sens sont toujours réceptifs à l’ambiance – ont sans doute quelque chose d’un « rêve éveillé » si l’on considère en outre les affects négatifs, qui accompagnent certains épisodes de grande détresse – par exemple lors de crises aiguës de « paranoïa » - ou les « mauvais voyages » (« bad trips ») lors de prises d’hallucinogènes, liés au surgissement d’un affect intense d’angoisse. A contrario, ces drogues – « psychédéliques » comme les appelait la jeunesse des années 1960 et 1970 - sont fortement aphrodisiaques et peuvent provoquer des vécus d’euphorie et de jouissance intenses, comparables à certains accès d’euphorie « immodérée » qui caractérise la phase d’hyperactivité des troubles « bipolaires ». Il faudra alors se demander si certains de ces états de « conscience altérée » ne pourraient pas être désignés sous le nom de « pseudo-rêve ».
Jusqu’ici, nous n’avons pas évoqué les processus « conscients » qui – souvent mis en relation avec la connaissance et la compréhension des phénomènes liés au rêve – constituent un problème majeur pour la recherche contemporaine. Il est utile de rappeler que le concept de « conscience » (ang. : consciousness, all. : Bewusstsein) est issu de la métaphysique moderne : c’est la res cogitans de Descartes (1637, 1641) et l’aperception pure de Kant (1781/7), et ce concept joue encore un rôle central dans les autres systèmes philosophiques de l’idéalisme allemand (Hegel, Schelling, Fichte) jusqu’à la tournure « transcendantale » de la phénoménologie husserlienne (Ideen I 1913, Cartesianische Meditationen 1929). Notons quelques points importants :
  • Dans un travail précédent (L’ordre transcendantal et le problème du temps, Sorbonne, Paris 1986), nous avons cherché à mettre en évidence le signe distinctif des systèmes « métaphysiques » qui est de constituer un « champ transcendantal » traversé par une scission intrinsèque irréductible. Chez Descartes, il s’agit de l’antinomie res cogitans vs. extensaqui traduit la « différence » entre l’âme et le corps. On retrouve cette scission dans la fameuse maxime cartésienne : « Détacher mon esprit des sens » (in Discours de la Méthode1637). Kant reprend cette distinction dans son opposition « intuition » (Anschauung) vs.« entendement » (Verstand). On retrouve ici et là l’ancienne différence entre le « phénomène » et l’« idée », promulguée par l’école platonicienne. Le mérite de Kant est d’avoir essayé de surmonter– dans la première version du chapitre sur le schématisme (in Critique de la Raison Pure 1781) – l’« hétérogénéité » postulée – sc. : des données de la sensibilité et des concepts (ou catégories) de l’entendement– à travers la « faculté d’imagination productive » (produktive Einbildungskraft). Heidegger (in Kant und das Problem der Metaphysik 1929) a pu montrer que la « synthèse » opérée par cette faculté d’imaginer a ensuite été minimisée au profit de la fonction synthétique de l’aperception pure dans la seconde version de la Critique(1787). Or Kant avait écrit (I, §10) : « Die Synthesis überhaupt ist, wie wir künftig sehen werden, die bloße Wirkung der Einbildungskraft, einer blinden, obgleich unentbehrlichen Funktion der Seele, ohne die wir überall gar keine Erkenntnis haben würden, der wir uns aber selten nur einmal bewußt sind. » Ce ne serait donc pas la « conscience » mais le « simple effet » - ou exercice - de l’imagination – « une fonction aveugle et pourtant indispensable de l’âme, sans laquelle nous n’aurions aucune connaissance, mais dont nous ne sommes que rarement conscients » - qui produirait la « synthèse » ou, comme nous pouvons également dire, l’« homogénéisation » de deux « instances » a priori hétérogènes ou antithétiques de la sphère mentale. Il nous paraît intéressant de confronter cette fonction synthétique de l’imagination– qui resterait à décrire de façon plus pointue à la lumière des recherches actuelles (Jeannerod 2002, Pacherie 2006, Rizzolatti 2007) – au « travail du rêve », pour reprendre une autre expression de Freud (1900).
  •  La première phase immanentiste de la phénoménologie de Husserl (Logische Untersuchungen 1900/1) et les débuts descriptifs de la théorie psychanalytique de Freud (1900, 1901) cherchent à dépasser le postulat idéaliste d’un « sujet conscient » comme élément central des modèles de l’esprit proposés par la métaphysique moderne, en sachant qu’une telle position de « subjectivité transcendantale » n’existait pas dans les philosophies de l’Antiquité et du Moyen-âge. Si ces tentatives de surmonter l’ « ordre transcendantal » instauré par la Modernité européenne doivent être considérées comme un échec - avoué (Husserl) ou plus implicite (Freud) - il faut se demander si tout modèlede l’esprit - ou du cerveau - n’a pas - par définition – un caractère « métaphysique ». Les « matérialistes » contemporains - comme Daniel C. Dennett, Antonio Damasio, Bernard Baars, Endel Tulving, Marc Jeannerod, Stanislas Dehaene ou Jean-Pierre Changeux – , dont les études s’appuient sur les nombreux résultats expérimentaux issus des différentes disciplines touchant à l’étude du cerveau, cherchent eux aussi à s’accorder sur un « modèle » à validité « universelle » et donc – par définition – métaphysique ou transcendantal (apriorique). Ils ont certes « surmonté » la scission traditionnelle entre l’esprit et le corps, dont ils affirment l’unité au sein de l’organisme vivant, et décidé qu’il n’y a pas de « problème esprit-cerveau » (brain-mind problem) puisqu’il s’agit de la « même chose ». Or les modèles proposés – en particulier celui de la conscience comme espace de travail global (Global Workspace, Baars 1988) sur lequel on tend à s’accorder actuellement – ne sont que la réédition ou l’actualisation de la subjectivité transcendantale à une époque que Jacques Poulain a baptisé « l’âge d’expérimentation totale » (1991). En effet, le sujet transcendantal est – et a été dès le postulat cartésien du cogitoqui coïncide avec l’essor des « sciences naturelles » modernes (Copernic, Kepler, Bacon, Galilée, puis Newton) – l’« Homme » lui-même qui, selon une autre maxime cartésienne, doit « se rendre comme maître et possesseur de la Nature ». Il est bien évident que ce programme– métaphysico-scientifique – continue d’être mis en œuvre et que l’« objectivité » qui – soi-disant - le caractérise n’est qu’une forme extrême – et sans doute désincarnée– de la subjectivité humaine.
  •  Il est assez surprenant de constater dans les différents modèles récents de l’esprit (du cerveau) – et notamment ceux qui intègrent les travaux d’Endel Tulving sur les différentes formes de mémoire – l’absence de problématisation du temps. Nous avons déjà observé que le rêve ignore dans un large mesure la temporalité telle qu’elle peut apparaître à la conscience vigile. Or – depuis les Leçonsde Husserl sur le temps (Vorlesungen zum inneren Zeitbewusstsein, 1905) jusqu’aux travaux de Tulving (p. ex. Episodic Memory : From Mind to Brain, 2002) – il semble indiscutable que le temps est un élément constitutif – mieux : un vecteur- de la conscience. Dès lors, un modèle du « champ conscient » - comme le Global Workspace où n’importe quel élément du système serait « globalement accessible » à la conscience : « human consciousness (…) seems to have a (…) capacity to create global access in a brain of tens of billions of neurons (Baars 1997) – doit être considéré comme incomplet, puisqu’il n’intègre apparemment aucun aspect dynamique ; de plus, la constitution de cet « espace global de travail » reste mystérieuse : « Conscious experience seems to create access to many independent knowledge sources in the brain, most of them quite unconscious » (Baars, loc. cit). Cela veut dire que la « conscience » peut accéder à des éléments « inconscients » – ce qu’exige le postulat de l’accessibilité globale – sans que l’on sache vraiment comment ça peut marcher. Dans cette vue « statique », les observations – sans doute exactes – que la conscience n’a qu’une « capacité limitée » - prescrite par une « mémoire de travail » (working memory) elle-même limitée à un maximum de sept (±2) éléments – et qu’elle ne peut se concentrer (« focussing ») que sur un seul « flux dense d’information entrante » à la fois (« only one dense stream of input ») impliquent que certains éléments « conscients » ne le sont pas par « manque de place » ou de « capacité » (Baars, loc. cit). D’autre part, certains phénomènes fréquents, comme les « prises de conscience » intempestives, l’irruption soudaine dans le « champ conscient » d’un élément auparavant inaperçu – encore jamais venu à la conscience - ou bien le surgissement involontaired’un « souvenir oublié » - ou longtemps « réprimé » - ne sont pas analysés. Dès lors, ce modèle semble envisager les processus conscients sous le contrôle – non problématisé - d’un « libre arbitre » qui pourrait décider à tout moment de ce qui est conscient et de ce qui ne l’est pas. C’est en effet un modèle où le temps – et notamment sa manifestation la plus pressante : l’urgence du moment – semble suspendu. Aussi, une observation neurophysiologique déjà mentionnée (Tassin 2001) n’a pu y être incorporée : les processus conscients semblent bien trop lents pour enregistrer, analyser et contrôler tous les flux rapides d’information qui les sous-tendent.
Ainsi, un modèle dynamique du « champ conscient » devrait intégrer les trois « dimensions » temporelles et la manière dont elles se répercutent sur certaines de nos « performances » : nous avons (a) le « présent », que l’on doit pouvoir rattacher aux différentes formes de perception réflexive avec la prise de conscience d’un « moi, ici et maintenant » ; (b) l’exercice des différents systèmes de mémoire, où se constitue le « passé », notamment – mais non exclusivement - sous la forme d’épisodes« autobiographiques » frappés rétrospectivement d’inactualité (episodic memory, Tulving 2002) ; enfin (c) le « futur », qui devrait concerner toutes les formes d’anticipation et de stratégies où nous sommes tentés de voir l’activité prospective d’une imagination productive ou créative. Il va de soi qu’il ne s’agit pas ici de proposer une théorie du « temps » comme tel, mais de décrire et de comprendre la manière dont la conscience humaine se « temporalise », sans perdre de vue notre centre d’intérêt principal - le rêve - où les trois extases temporelles – et les performances correspondantes – semblent s’annuler ou se confondre. En retour, il semble probant d’attribuer à la conscience vigile une capacité de discrimination des différents résultats de ces performances avec la distinction habituellement faite entre les éléments remémorés, perçus ou imaginés. Car ces éléments présentent une similitude remarquable puisqu’il s’agit dans les trois cas d’images sensorielles qui perdent – nous l’avons remarqué – leurs « coordonnées temporelles » en rêve. Il n’en demeure pas moins que ces images sont dynamiques, en ce sens qu’elles sont prises dans un mouvement, un enchaînement, une transformation, une répétition, qui simulent– avec l’émergence d’un espace- quelque chose comme un « déroulement » du temps sans qu’il soit ordinairement possible de retenir ou d’anticiper les éléments qui se présentent. La « double articulation » signalée - où le rêveur vit (ou subit) un rêve qu’une autre partie de lui-même produit à son insu, – pourrait tracer la frontière entre ce qui peut et ce qui ne peut pas être conscient. Comme nous l’avons remarqué plus haut en nous référant à la suggestion de Jean-Pol Tassin, on pourrait admettre une différence de vitesse entre les flux d’information conscients et inconscients. Ainsi, pour devenir conscient, un élément inconscient doit se stabiliser dans une figuration sans laquelle aucune prise de conscience ne paraît possible. Inversement, on pourrait attribuer aux innombrables éléments inconscients une nature essentiellement non figurative, qui résiste par définition – et la force des choses - à toute description positive : à la manière de particules libres, ces éléments pourraient circuler à grande vitesse à travers les réseaux neuronaux et se lier à d’autres particules – peut-être en respectant certaines lois d’attraction - ce qui ralentirait leur vitesse et finirait par donner lieu à des figurations auxquelles nous aurions alors un accès conscient. La « capacité limitée » du champ conscient pourrait être mise en relation avec la sélectivitéde que nous avons l’habitude d’appeler la « pensée », qui se distingue également par la focalisationquasi exclusive sur tel ou tel objet (Baars, loc. cit.) avec pour effet le caractère séquentiel linéaire, mais aussi répétitif- des activités de réflexion, comparables à une séquence musicale. Il semble bien que ces processus oeuvrent également à l’organisation du rêve où l’on doit pouvoir déceler l’exercice d’une forme de conscience réflexive.

V

 

Les rapports de rêve (RR) constitués à travers les âges représentent un matériel précieux pour étudier ses « contenus » et leurs variations ou invariances à travers les époques et les cultures. Le problème principal est méthodologique : Comment distinguer un RR « authentique » ? Existe-t-il une série d’indices formels pour déterminer si un rêve rapporté correspond à un vécu effectif ? L’analyse du contexte dans lequel figure le RR peut être d’un certain secours. Certains « protocoles de rêve » (Emmanuel Swedenborg, Jean-Paul, Theodor W. Adorno, Henri Michaux, Wolfgang Bächler, Georges Perec, Heinar Kipphardt, Federico Fellini et bien d’autres), certains RR qui apparaissent dans des ouvrages consacrés au rêve (Artémidore, Alfred Maury, Hervey de Saint-Denys, Joseph Delboeuf, Sigmund Freud etc.) ou dans les journaux d’écrivains comme celui de Franz Kafka, mais également dans certains œuvres poétiques consacrées au rêve comme l’Auréliade Gérard de Nerval devraient pour la plupart relater des expériences authentiques, même si le doute reste toujours permis, notamment en regard de la « censure » qui peut s’exercer de diverses manières. – La Dreambank – initiée par Calvin H. Hall et dirigée par son élève William G. Domhoff (www.dreambank.net) - constitue une autre source précieuse de renseignements puisqu’elle met à la disposition du public un grand nombre de RR – par exemple plus de mille rapports d’une seule femme, rédigés sur une période d’une cinquantaine d’années – qui semblent collectés avec le plus grand soin et certaines précautions qu’il sera utile de mentionner.
Or, l’authenticité de la source – en rapport avec la sincérité du projet – n’est pas suffisante. Il faut en outre définir un certain nombre de critères immanents – « herméneutiques » - auxquels un RR devrait satisfaire. A côté des aspects morpho-sémantiques brièvement évoqués plus haut, d’autres éléments peuvent également être considérés. Il est bien entendu plus facile d’évaluer une longue série de RR, puisque l’on peut alors étudier un certain nombre de récurrences – et de singularités – touchant aux « contenus » et aux « figures de style », à certains mots rares utilisés plutôt que des synonymes plus courants, aux noms propres à sens multiple, à certaines constructions syntaxiques particulières etc. etc. Si l’on ne dispose que d’un seul RR, l’unique contrôle est l’usage courant de la parole – en relation avec le « niveau de langue » que l’on prête au rédacteur – auquel on doit pouvoir comparer certaines particularités citées. De manière générale, il doit être possible de vérifier si un récit – quelconque – relate une expérience vécue ou s’il invente. La meilleure arme en la matière – sans valeur scientifique, bien sûr – est l’intuition. Car une expérience vécue comporte toujours un « moment singulier » qui doit pouvoir se « lire » entre les lignes. Il est également intéressant de disposer du contexte – existentiel, quotidien, politique, culturel etc. – dans lequel le rêve rapporté – souvent accompagné d’une date et d’un lieu – s’insère. Une recherche poussée recommanderait la lecture d’un journal susceptible d’avoir été lu par le rédacteur, qui peut présenter une source de renseignements inespérée, ou simplement servir de contrôle pour analyser la langue utilisée dans le RR. Pour une étude littéraire et stylistique pointue, il est certain qu’un RR ne peut être étudié qu’en version originale. La phénoménologie du rêve est une entreprise délicate si elle a pour projet de repérer ses éléments formels comme ils se manifestent « aux yeux » du rêveur, et non dans la rétrospection vigile. Comment éviter le solipsisme de l’introspection, qui semble ici inévitable ? Dans l’un de ses articles, Michel Jouvet avait envisagé l’éventualité – ou émis le souhait – que « peut-être un jour nos rêves apparaîtront sur un écran ». Dans ce cas, l’époque de l’introspection – avec quelques « pionniers » illustres comme Hervey, Maury et d’autres – sera sans doute révolue. Mais il est également probable que les travaux de ces « explorateurs » du rêve garderont toujours leur intérêt car ils rapportent un grand nombre d’observations – parfois très singulières – comme autant de pistes pour tenter de comprendre ce qui se passe dans la tête d’un rêveur du milieu du dix-neuvième siècle. Cela correspond-il à ce qui se passe dans « notre » tête lorsque « nous » rêvons au début du vingt-et-unième ? Et si l’on constate des différences importantes, sont-elles d’ordre « subjectif », « culturel », « historique » ? Laissons pour l’instant ces questions, et reformulons un axiome de base sans lequel toute phénoménologie du rêve serait une entreprise vaine : contrairement à l’hypothèse suggérée par Jean-Pol Tassin (loc. cit.), dont quelques aspects méritent absolument d’être pris en considération, nous supposons une prise de conscience – peut-être intermittente – pendant le déroulement même du rêve. Il nous semble que les modulations neuronales et les activations régionales au cours du SP ne sont pas suffisamment connus et les effets des micro-éveils insuffisamment étudiés pour soutenir le postulat exclusif que le rêve est fabriqué au réveil. Les cas de rêves lucides mais aussi de cauchemars où l’on tente de se réveiller sans y parvenir jettent en tout cas un doute sur ce postulat extrême. Cependant il est indiscutable que de nombreux processus cérébraux – à l’état vigile et a fortiori au cours du sommeil – échappent à la conscience. Or la phénoménologie ne peut rien dire des processus inconscients car ils n’apparaissent pas, – et n‘apparaîtraient pas non plus sur l’écran rêvé du professeur Jouvet. Car tout ce que nous pouvons « percevoir » – en rêve et ailleurs – doit avoir un caractère figuratif. Ce que nous voyons apparaître sur les écrans actuels – comme ceux de Pierre Maquet et ses collègues – c’est un cerveau et certaines zones qui se colorient différemment selon les activités cérébrales repérables au cours d’un état donné et d’un « traitement cognitif » supposé ou prescrit par l’expérimentateur. Pour analyser et donner un sens à ces processus cérébraux – totalement abstraits sur l’écran et indéchiffrables pour le profane – il faut pouvoir les décrire dans une autre langue que celle de l’abstraction et de la quantification. Pourquoi Pierre Maquet et Sophie Schwartz (ci-dessus) suggèrent-ils la comparaison aussi rigoureuse que possible entre un RR et les processus repérables sur l’écran ? Parce que les mots manquent encore pour décrire phénoménologiquement ce qui est aperçu à l’écran.
 

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  BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE


 
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Stefan Kaempfer, 2008/2010

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